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Présentations

Le 22SAS12 est un groupe de reconstitution de Parachutiste SAS Français Libre et du 22eme régiment SAS anglais. Ce blog présente notre approche particulière de la reconstitution mais il s'adresse aussi à tous les passionnés des SAS. Nous parlons des opérations, des équipements mais aussi de littérature, de cinéma et de l'actualité. Crée en 2006, ce blog est devenu la première source francophone sur le "Regiment" !   
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22SAS12 is a group reenacting WW2 era Free French SAS paratroopers and the modern 22 SAS. This blog presents our particular approach of the reenactment but is also aimed at all people passionate about the SAS. We talk about operations, equipment but also about literature, cinema and the current events. Created in 2006, this blog has become the premier French-speaking source on the "Regiment" !

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 21:15

Voici le résumé du Raid de Selection 2010 réalisé par notre recrue de la saison 2010-2011 : Dress. Nous l'avions rencontré en 2008 autour d'un verre puis nous avions fait un sortie tous ensemble. Comme nous évoluons sur la base d'un calendrier de sorties organisé sur un an, nous demandons donc à chaque membre de "s'engager" sur une année. Dress ayant un emploi du temps chargé, il avait préféré ne pas s'engager. Quelques années plus tard, il a répondu pour notre grand plaisir, à notre appel annuel à candidature. Voici sa vision du Raid de Selection :

 

01 titre copie

 

De nouveau disponible et en pleine possession de mes moyens, je décide, le 2 septembre dernier, de reprendre contact avec le 22SAS12. Le jour même, je reçois une réponse de Menator : « J’en parle aux autres vendredi soir ». Le temps de commencer à compléter mon paquetage, je reçois, le 24, un second message d’un certain Y.G. : je suis convié au raid prévu pour le week-end du 15 octobre. Il me reste encore un peu de temps pour m’équiper. Le 28 septembre, un second message d’Y.G., alias Frog, me donne les premières instructions. L’opération se fera en tenue delta (bon, pas la peine de m’affoler pour le matos DPM…). Le contact avec des civils étant plus que probable, il est indispensable de se créer un personnage cadrant avec les lieux, la tenue et le matériel nécessaires à l’opération. Le smoking et les souliers vernis me semblent donc inutiles, de même que (et c’est plus embêtant) mon sac à dos Lowe Alpine kaki, couverts de passants Molle… Il va falloir que je ressorte mon vieux Decathlon Cherokee. D’un vert mousse… brillant, il fera l’affaire. Il ne lui manque, à première vue, qu’une ou deux poches extérieures. Côté vestimentaire, il me faut, a priori, résoudre l’équation suivante : c’est une mission de renseignement et d’observation dans une zone manifestement fréquentée. Il me faut donc ressembler à un civil tout en évitant de trop attirer l’attention, surtout en phase d’observation. Après moult tergiversations (je me doutais bien que le 22SAS12 aurait prévu un truc dans ce goût-là, mais j’étais obnubilé par mon équipement mili) je finis par opter pour la solution suivante : discret de loin (voire camouflé), promeneur décontracté de près. Mon sac à dos répond parfaitement à cette double exigence : vert mousse pour la perception lointaine, démodé, brillant et affublé d’un triangle flashy Cherokee de près. Pour la veste, j’ai le choix entre ma parka de teinte brune chocolat et ma vieille parka rouge… pour le pantalon, c’est plus compliqué : jean, vieux treillis F1, McKinley marron ultra léger à séchage rapide (et tout neuf et puis, il a l’air fragile quand même, hein ?), vieux Timberland bleu électrique ? Non, ce sera un Tactical 5.11 de teinte grise : c’est solide, plein de poches, ample, et j’obtiens une tenue panachée marron/gris d’allure civile qui reste discrète, d’autant que je n’ai aucune autre information sur la mission. Je veux rester polyvalent car rien n’indique que nous n’allons pas nous retrouver en zone urbaine. En milieu naturel boisé de ce début d’automne, ma veste marron fera son office en position accroupie ou allongée (calmez-vous les gars, rien de sexuel là-dedans, ni maintenant, ni après : vous pouvez fermer l’onglet 22SAS12 et retourner sur sexagogo.com). De plus, il me semble bien que, d’après l’expert en camouflage du groupe Rhône, le gris passe assez bien pour un camouflage superficiel.
J’ai donc rendez-vous chez Koursk, dont l’adresse m’est donnée en coordonnées UTM wgs84, vendredi 15 octobre, à 21h30. Je couche les enfants à 20h et leur dit à dimanche : « Qu’est-ce que tu vas faire papa ? – Je vais jouer à cache-cache avec des copains. » Un large sourire éclairant leurs visages, ils s’enfoncent sous leurs couettes. Je finis de m’habiller et charge mon sac dans la voiture. Étant donné la météo plutôt clémente, je me demande si j’ai bien fait de mettre mes sous-vêtements d’hiver. Tant pis ! Si j’ai trop chaud, ils sont sensés évacuer la transpiration rapidement. Je l’espère. J’ai une grippe intestinale qui risque de mettre cette combinaison à rude épreuve. Je démarre : horreur ! Ma femme n’a pas fait le plein comme je lui avais demandé et je n’ai pas le temps pour une scène de ménage.


Deux Kangoo blancs, des frontales zébrant un ciel noir à peine étoilé, un petit point rouge incandescent, zigzagant à hauteur de nez. C’est ici. Il est 21h45. Je retrouve avec plaisir Koursk et Frog, tous deux un bonnet commando rivé sur le crâne. Des 15°C de l’après-midi, il n’en reste plus que 5 et un vent froid venant du Nord souffle sur le plateau. Je fais la connaissance de Vince. Je ne le reconnais pas. Il a du maigrir depuis les dernières photos du blog. L’ambiance est chaleureuse. Le temps de décharger mon sac, la pause clope est terminée. Nous montons au PC du groupe. Du matériel divers du genre kaki ou DPM, une armoire, un lit de camp, une paire de Meindl à côtés desquelles mes Lowa flambant neufs trouvent une place, un bureau où deux radios aux numéros 32 et 33 finissent de charger, un MOD planté dans une poutre, et le superbe fanion du 22SAS12 portant la devise : « temps et audace » : je suis à la maison. Frog prend une chaise, un dossier en main. Koursk, Vince et moi-même nous asseyons sur le lit de camp, sourire aux lèvres. Menator et une seconde recrue manquent à l’appel. La recrue n’a donné aucun signe de vie. Menator a pu être exfiltré et rapatrié en vol sanitaire à l’hôpital milsimaire de Toulouse. Le dernier membre de l'équipe Ayen n'est pas présent.

L’opération Table en Marbre est tout de même maintenue avec un seul groupe au lieu des deux prévus initialement. 

 

02 carte copie

 

Il s’agit d’une mission de reconnaissance et d’observation d’une zone où l’activité inhabituelle d’une entité terroriste (indicatif : Kadok) a pu être détectée. Elle se situe autour d’un pont (indicatif : Calédonie) traversant un cours d’eau (indicatif Styx) situé en plein cœur de l’Aveyronistan. Les instructions sont claires. Le groupe de reconnaissance (indicatif : Gauvin), composé de Frog et moi-même, devra rejoindre Calédonie et y établir un poste d’observation pour 7h00. En cas de contact avec la population civile : conserver une attitude normale. En cas d’égarement ou d’éclatement du groupe : rejoindre Carmélide, au Sud-Ouest de Calédonie. Les deux ponts situés en amont ont pour indicatifs respectifs Guenièvre et Tintagel. Trois vacations avec Arthur, l’autorité (composée de Koursk et Vince) sont prévues pour le lendemain à 6h00, 12h00 et 18h00. Frog me tend une carte, le dossier de photos satellite, ainsi que les prises de vue de Calédonie effectuées, quelques jours plus tôt, par un agent. Nous vérifions les coordonnées de Calédonie et de Désert, la zone d’insertion. Il est 23h30. J’enfile mes Mountain Boots. Après le test radio, j’embarque avec Frog à 0h00. Il est vêtu d’un pantalon 5.11 gris. Heureusement que je n’ai pas craqué pour une parka Aggressor en toundra. Nous aurions eu l’air malins avec notre uniforme « low profile » de contractors-gardes forestiers. Après quelques virages nous rapprochant de la vallée encaissée de Styx, Arthur nous largue sur Désert. Il fait nuit noire. La couverture nuageuse nous empêche de bénéficier de la lumière d’un maigre croissant de lune. Un coup d’œil rapide sur la carte et nous nous enfonçons dans une sombre forêt de conifères. 

 

Notre marche d’approche est très lente. Nous ne voyons pas nos pieds. Il est inutile d’espérer suivre un quelconque chemin. Je me guide à la faible lueur qui s’immisce entre les frondaisons, silhouettes noires se détachant sur un ciel anthracite. Je trébuche, puis nous nous enfonçons dans des ornières boueuses. Nous manquons un virage et trébuchons encore. Nous finissons par rejoindre une route, comme prévu, et décidons d’emprunter un sentier de randonnée non répertorié sur nos cartes. La forêt est ici composée d’arbres à feuilles caduques, moins denses. Nous progressons plus rapidement. J’ai chaud. Je m’en veux déjà d’avoir enfilé cette satanée combinaison quand, tout à coup, Frog me retient d’un brusque mouvement de bras.

Sans nous en rendre compte, nous nous sommes retrouvés à une vingtaine de mètres d’une habitation isolée. Retenant notre souffle, nous laissons passer quelques minutes, le temps de vérifier que personne ne nous a entendu. La ferme est abandonnée, mais nous prenons cet incident comme un avertissement : surtout, ne pas relâcher sa vigilance. Plus précautionneux désormais, nous longeons Styx à une centaine de mètres, par le Sud, sur un versant dégagé et atteignons rapidement un groupe de bâtisses que nous avions repérées lors de notre point topo à Camelot, le PC. Le chemin, encadré d’un côté par un ravin donnant sur Styx, et de l’autre par une haie d’épineux, passe en plein milieu des bâtiments, juste devant une porte ou une fenêtre éclairée. Derrière la haie, on entend le souffle et les bruits de mastication d’animaux en train de brouter. Nous avons le choix entre un grand détour par la lisière située plus au Sud, en remontant le thalweg, ou tracer tout droit. Les bovins semblent s’être accoutumés à notre présence et ne donnent aucun signe d’inquiétude ou d’agressivité. S’il y avait des chiens dans le hameau, ils auraient déjà aboyé. Nous sommes en avance. Je pose mon sac et nous pouvons prendre le temps de la réflexion.

Aucun mouvement n’est observé à travers la lucarne Ouest. Même en avance, l’installation du PO risque de nous prendre du temps, car nous ne serons que deux à observer, au lieu de quatre. Trouver le bon endroit risque d’être long. Frog s’avance donc en éclaireur afin de déterminer si la source lumineuse est une porte ou une fenêtre et si l’activité intérieure peut nous permettre un passage sans encombre. Je reste en arrière. Inutile de se faire prendre tous les deux, d’autant qu’en l’absence de renseignements complémentaires, il peut très bien s’agir d’un endroit où logent des terroristes. Frog me rejoint. C’est une fenêtre située à 2 mètres de hauteurs. Nous pouvons passer dessous. Je reprends mon sac et nous avançons le plus silencieusement possible. Nous passons sous la fenêtre. On n’entend aucun bruit à l’intérieur. L’entrée est à l’Est. C’est une double porte-fenêtre. Les autres bâtiments sont des dépendances. Plusieurs voitures sont stationnées devant. Personne en vue : nous filons sur la chemin d’accès désormais goudronné, l’œil et l’oreille aux aguets. À l’approche d’une route, nous observons une circulation intense, inhabituelle à cette heure avancée de la nuit et pour un endroit aussi peu peuplé. Certes, nous sommes en civil. Mais se balader à 2h du matin avec de gros sacs à dos, c’est un peu louche, surtout pour des terroristes qui auraient la mauvaise idée d’être de sortie. Nous nous terrons, le temps que l’activité automobile se calme.

J’en profite pour boire : impossible. La valve de ma poche d’hydratation qui semblait avoir trouvé sa place dans une poche latérale de mon Cherokee doit être coincée. Je tends le bras : elle s’est déboîtée et la poche fuit lentement… Nous reprenons notre progression et avançons rapidement sur la route maintenant désertée. Le plan bien en tête, nous n’avons aucune hésitation : nous prenons, après un bon quart d’heure, un sentier empierré qui descend sur notre gauche. Nous retrouvons des conifères, mais le ciel semble être plus dégagé et nous pouvons regarder où poser le pied. Le bruit de l’eau s’amplifie. Nous approchons de Styx. On peut déjà apercevoir Calédonie. Mais Frog se dirige auparavant vers une petite maison de vigne abandonnée. À l’intérieur se trouve son sac, probablement dissimulé sous une plaque de tôle ondulée par un de nos agents. Le cloisonnement étant la règle, je ne suis pas au courant de cette manip. Je ne pose aucune question.

04 frog copie

Nous reprenons notre approche et atteignons le pont, plus étroit que je ne le voyais sur les photos. Un rapide coup d’œil sur les alentours nous permet de nous rendre compte qu’un PO sur la rive gauche sera difficile à établir. Nous traversons le pont et poursuivons sur le chemin qui remonte le versant exposé au Sud. Il y a, manifestement, davantage de possibilité sur la rive droite, mais il fait trop sombre pour prendre une décision. On dirait bien que Calédonie ne se laissera pas observer facilement. Nous décidons de bivouaquer dans les sous-bois, à une centaine de mètres du pont, sans installation particulière et ce, malgré les quelques gouttes qui commencent à tomber. Nous faisons le pari qu’il ne pleuvra pas davantage et que les feuillages seront suffisants. Nous voulons dormir suffisamment pour être prêts, de bonne heure, à trouver le meilleur point de vue et y installer le PO.

En ôtant ma parka et mes chaussures, je reviens sur mes impressions de tout à l’heure : je ne ressens aucune humidité liée à la transpiration et, même s’il ne fait pas très froid, mes sous-vêtements vont compenser la maigre épaisseur de mon sac de couchage. Apparemment, je n’ai plus de fièvre. Il est 2h00 et je m’endors du sommeil du juste. Quelle heure est-il ? Je ne sais pas, mais une forte lumière nous réveille en sursaut.les projecteurs du château qui surplombe le site, au Sud de Calédonie, viennent de s’allumer. Nous nous redressons dans nos sacs de couchage, tous les sens en éveil (non, les gars, une fois pour toute : c’est pas la peine de vous exciter).

Il est 5h05. Il n’y a aucun bruit. Les projecteurs finissent par s’éteindre. Nous nous perdons en conjecture : Vince en a-t-il profité pour aller rendre une petite visite à la châtelaine ? Koursk, préparant un piège, s’est-il perdu dans les jardins du manoir, une meute de chiens aphones à ses trousses ? Aucune de nos hypothèses n’étant retenue, nous nous rendormons, vaguement inquiets pour Arthur. En fait, je ne dors plus, et Frog, probablement pas davantage. J’attends tranquillement 5h30 en me remémorant les quelques possibilités d’installation entrevues à notre arrivée. Nous avions raison. Il n’a pas plu. Il ne fait pas très froid, mais je ne regrette tout de même pas d’avoir enfilé ma deuxième peau, obsession d’un grippé oscillant entre phases de transpiration intense et sensations de froid intérieur.

À 5h30, nous nous habillons rapidement et bouclons nos sacs, direction Calédonie, pour effectuer un repérage express des lieux et installer le PO et la zone vie. Nous abandonnons définitivement toute idée de PO sur la rive gauche et encore mois de zone vie : nous ne pouvons pas nous installer sur ce versant beaucoup trop escarpé. Et quand bien même nous le pourrions, nous serions à la fois adossés à une falaise et sur ce qui semble être un passage depuis l’habitation traversée la nuit précédente vers le sentier qui donne sur la route. En cas de problème, nous ne pourrions pas nous extraire de la zone aisément. Et puis, de toute façon, la rive est trop clairsemée. Nous repassons le pont vers l’entrée Nord, sur la rive droite, et empruntons un chemin forestier herbu longeant, en surplomb, la rivière. Nous hésitons quelque peu entre trois postes : deux le long de Styx (l’un à une cinquantaine de mètres, l’autre à environ 150 mètres) et un dernier plus en retrait, au-dessus du chemin, au beau milieu d’un champs de ronces acérées. Les deux premiers présentent l’avantage de dévoiler la quasi totalité de Calédonie, mais sont très exposés à la vue arrière, depuis le chemin forestier, et ne permettent pas l’installation d’un PO complet. Le dernier permet une plus grande discrétion, mais n’offre aucune vue de l’entrée Nord. L’heure tourne. La vacation de 6h00 devra être effectuée d’ici une vingtaine de minutes. Frog part en quête d’une zone vie pendant que je m’installe rapidement à couvert, au-dessus de la rivière. La vacation approche… Kadok aussi peut-être ! Frog revient, allégé. Il m’indique l’endroit où son sac est dissimulé. Nous décidons également d’établir deux PO légers. Le premier sera en contrebas du chemin, au-dessus de Styx, à 150 mètres de Calédonie. C’est plus sûr qu’à 50 mètres, pour une visibilité quasiment identique. Le second sera établi après la première vacation. Je file vers la zone vie poser mon Cherokee et recouvre rapidement nos sacs d’un poncho kaki sur lequel je laisse quelques branches accompagnées de feuilles et d’herbes sèches. En plus de ma radio et de mes jumelles, je prends mon appareil photo et ma bâche en Gore-Tex camouflé, trop grande et trop lourde. De retour sur le PO n°1, je manque Frog de quelques mètres. Je reviens en arrière : installé sous son filet de camouflage, je ne l’avais pas vu ! Nous n’avons, apparemment, pas trop mal choisi notre endroit. Frog rend compte à Arthur. Une casquette bleue vissée sur la tête, mon appareil en bandoulière, je m’en vais faire quelques photos du pont et tenter un repérage discret pour le PO n°2. Un angle mort subsiste depuis le PO n°1 et gêne encore l’observation de l’entrée Nord du pont, en lisière de forêt. Je reviens chercher ma bâche et m’enfonce dans le champs de ronces en direction d’une zone située dans le prolongement exact de Calédonie, et le surplombant légèrement.

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Il est environ 9h15. L’heure avancée me fait craindre un contact imminent. J’essaie de faire le moins de bruit possible. J’ai repéré un amas de branches mortes à côtés de quelques fougères adossées à un arbre, le tout sur un petit replat du terrain, juste dans l’axe du pont. Je m’y assieds et me glisse partiellement sous les fougères. J’ai juste le temps d’attraper quelques branchages et de replier un ou deux arbustes devant moi que des voix se font entendre à quelques mètres en arrière ! Je me couche aussitôt sur le dos et me tasse le plus discrètement possible sous les fougères :

« Regarde ! dit une première voix. C’est quoi ces traces, là ? – C’est rien, réponds une seconde voix, c’est un chevreuil ».

Nom de Dieu ! Je vais me faire débusquer par d’autres traces que les miennes… C’est trop con. J’ai le cerveau qui tourne à plein régime. L’impression que ma respiration résonne dans toute la vallée me pousse à ne plus respirer que par intermittence. Je pense aussitôt que je n’ai pas eu le temps de contacter Frog pour lui indiquer ma position. Je coupe immédiatement ma radio. Après l’avoir délicatement sortie de ma poche, j’enfile doucement, sous ma capuche, une cagoule bariolée, histoire de parfaire, autant que possible, mon camouflage de fortune. J’essaie de lister calmement les possibilités qui me sont offertes et d’anticiper sur ce qui peut arriver à partir de maintenant. Les deux individus viennent de s’arrêter à l’entrée du pont. Ils ont l’air décontracté mais se tiennent manifestement sur leurs gardes. Leur petite conversation de tout à l’heure en témoigne. Ils regardent de tous côtés. L’un d’entre eux porte la barbe. Il sourit. Je suis à une vingtaine de mètres d’eux. Je pourrais leur tirer le portrait, mais je crains de me faire repérer au déclenchement. Je me tiens toujours sur le dos. Je relève à peine la tête pour pouvoir les observer. Le barbu regarde dans ma direction. Il sourit. Merde ! Il m’a repéré, c’est sûr. Je me suis trop avancé. Il est 9h30 et l’opération est pliée. Ceux que je considère, sans aucun doute, comme deux éléments de Kadok, reprennent leur marche vers le milieu du pont où ils s’arrêtent de nouveau. La pointe de leurs bâtons de marche semble indiquer des directions ou des vues. Je ne les entends plus que très partiellement. Ils ont rejoint l’entrée Sud. Je peux sortir mes jumelles. Dois-je quitter ma position ? La vue est imprenable ; je décide de rester. Ils tournent à droite, direction Ouest et s’enfoncent dans les sous-bois. Je perds le contact visuel, mais trois ou quatre détonations résonnent dans les gorges de Styx. Ce sont plutôt des coups portés sur de la tôle. Les deux terroristes sont maintenant au bord de la rivière. Je peux de nouveau les apercevoir à travers un étroit cadre de feuilles et de branchages. Ils rient sans aucune gêne et s’amusent à lancer des cailloux dans l’eau… Bon sang ! Ils n’ont vraiment que ça à faire. Pourraient pas plastiquer le pont, des fois ? Un petit effort quoi ! À croire qu’ils veulent que je me bousille les cervicales pour rien ! Après deux ou trois tentatives d’éradication des représentants de la famille des salmonidés au moyen de ricochets, techniquement irréprochables, les deux individus rebroussent chemin, empruntent de nouveau le pont, s’y arrêtent une seconde fois pour faire le point et passent sur la rive Nord, juste en face de moi. Je ne peux qu’entendre : « Je les verrais bien là… piles du pont » de la bouche de n°1, c’est-à-dire le barbu qui, il faut le dire au passage, ressemble à s’y méprendre à l’ami Koursk. Remontant le chemin par lequel il était arrivé, Kadok disparaît rapidement de mon champ de vision, ne laissant entendre que le crissement de plus en plus faible de ses chaussures de marche. Je n’entends plus rien, maintenant, si ce n’est cet oiseau qui s’est habitué à ma présence et qui s’affaire à la confection d’un nid, à moins d’un mètre de mon bras. J’ai posé ma nuque endolorie sur le sol et décide de ne pas bouger, le temps de vérifier que les terroristes ne reviennent pas sur leurs pas. Ce n’est donc qu’au bout d’une demi-heure que je me relève pour rejoindre mon binôme au PO n°1. Nous croisons les informations recueillies, puis je couche sur mon carnet mes propres observations. Je n’avais pu, ni voulu le faire pendant ma planque, très exposée. Je prends la place de Frog sous le filet de camouflage du PO principal pendant qu’il vérifie, sur le parcours emprunté par Kadok, s’il n’y a pas d’autres éléments d’information à glaner. Après cette petite inspection, Frog s’en va rejoindre la zone vie y prendre son petit-déjeuner. Il revient à peine dix minutes plus tard. Je lui cède la place, à mon tour. Arrivé en zone vie, j’engloutis deux barres de céréales et une pomme. Cette dernière, accompagnées de quelques autres, est lourde et malcommode à transporter, mais elle est avant tout destinée au service auxiliaire de mon estomac. Bien acide, je dois dire qu’elle remplit son rôle parfaitement. Je bois quelques gorgées d’eau et vérifie rapidement l’étanchéité de mon sac. Tout va bien. Je replace ma poche d’hydratation qui continuait à fuir. Mais elle est loin d’être encore vide. Ce petit problème résolu, je rejoins Frog, allongé derrière un écran camouflé fort efficace et lové dans une bâche DPM.

Il est 11h15. Je décide d’utiliser les prochaines 45 minutes avant la vacation au repérage d’un troisième PO volant. Je finis par trouver, à une centaine de mètres au-dessus du PO n°1, un replat avec un peu de mousse, offrant à la fois une vue dégagée sur le pont et couvrant mes arrières d’un amas de ronces et de fougères. Après m’être donné quelques indications pour retrouver l’endroit rapidement, je redescends lentement vers Frog, cinq minutes avant la vacation de 12h. Notre compte-rendu effectué auprès d’Arthur, nous faisons un point rapide.

 

Quelque minutes plus tard, Frog, l’œil rivé à la monoculaire, me fait signe : un promeneur s’approche par le Sud de Calédonie. Il porte un sac à dos d’une vingtaine de litres et est équipé d’un appareil photo de type réflex. Il semble prendre un grand nombre de clichés de la zone. Peu de temps après, alors qu’il rejoint le milieu du pont, un second individu le rejoint. Poignée de main sans hésitation, sourire et conversation sur le mode amical semblent indiquer que ces deux hommes se connaissent. À mesure qu’ils rejoignent l’entrée Nord, nous perdons le visuel, mais percevons toujours le bruit de leur conversation. Ils ne cherchent manifestement pas à se dissimuler. Je décide de remonter doucement sur le PO n°3. Je me déplace lentement, presque cassé en deux, à un rythme irrégulier. Je retrouve l’endroit assez aisément et m’assieds à mon poste, sous ma bâche. Je sors mes jumelles et ne les quitte pas des yeux. Les deux inconnus se sont avancés vers le milieu de Calédonie et ont ouvert leur sac. Ils en sortent des sandwiches, rapidement engloutis. C’est alors que le photographe sort une boîte contenant un parallélépipède en aluminium qu’il pose délicatement sur le parapet. L’autre semble l’observer attentivement. Le premier me tourne le dos, désormais et je ne vois plus ce qu’il fait. Il finit par refermer son sac et entraine le second vers la rive sud, laissant son sac sur le pont. Dix minutes plus tard, ils repassent le pont, et arrivent à hauteur du sac. Le photographe poursuit vers l’entrée nord quand l’autre homme s’arrête. Brusquement, s’emparant du sac à dos, il détale vers la rive sud. Le photographe hurle et court dans la même direction. Je ne les vois plus. Deux coups de feu résonnent dans la vallée de Styx puis, plus rien. Je laisse passer quelques minutes puis établis un contact radio avec Frog : je dois le rejoindre au PO n°1 où nous échangerons nos observations. Mieux placés que moi, cette fois, il n’a rien loupé de la scène. Il s’avère qu’une altercation a eu lieu entre ces deux éléments de Kadok (les coups de feu les identifient comme tels) à propos d’un paquet que le second individu a tenté de subtiliser au photographe, d’où les cris : « Eh ! connard ! mes nougats ! » et les coups de feu. Je prends la place de Frog, hilare, pendant qu’il va ratisser l’entrée nord et la rive sud à la recherche de traces éventuelles. Il reviendra avec deux douilles de 9 mm. Nous vérifions nos notes.

03 vince copie

Frog restera sur le PO n°1. Je fais un passage éclair en zone vie afin d’emporter une gourde, puis m’en retourne au Poste n°3 en ayant pris soin de vérifier la batterie de ma radio, ma bâche sous le bras et deux barres de céréales dans la poche porte-chargeur de mon pantalon. De nouveau installé, je coupe délicatement quelques branches de ronces gênantes, aplani légèrement le sol, vérifie le masque de végétation arrière et m’enroule dans la bâche, mes jumelles à la main et la radio entre les jambes. Je me fais la réflexion qu’une oreillette discrète aurait été la bienvenue. En revanche, je ne regrette plus du tout que ma bâche soit si grande et si lourde. À mesure que les heures d’attente immobile passent et que ma fièvre augmente, cette bâche en Goretex est idéale, d’autant qu’il se met à pleuvoir doucement. Un peu plus recroquevillé sur moi-même, je commence à somnoler. Il me faut à tout prix casser cette spirale de l’inaction : je reprends mes notes, les complète, redessine un schéma de la zone. La migraine s’installe. J’essaie de respirer profondément. La vallée de Styx s’éclaire sous un rayon de soleil timide qui fait monter quelques volutes d’une brume légère. Un couple de hérons glissent lentement au dessus des eaux… une scène digne d’une estampe japonaise… pris par la contemplation du paysage, je sens mes paupières s’alourdir. Je consulte ma montre : il est 15h. Je décide d’établir un contact radio avec Frog, histoire de faire quelque chose : « RAS » des deux côtés. Je pense qu’il ne se passera rien jusqu’à 17h. Et en effet, à part la traversée de Calédonie par deux chasseurs, il n’y a toujours rien à signaler. J’attends 16h pour pouvoir ouvrir ma première barre de céréales : je décide en effet de ponctuer ces deux heures de deux prises de nourriture. L’attente m’occupera l’esprit et la perspective de manger me tiendra éveillé. Comme prévu, à 17h pétante, un individu en treillis camouflé, le visage couvert d’un shemagh, déboule à toute vitesse sur le pont qu’il traverse jusqu’à l’entrée nord. Il repart en sens inverse et, ai-je bien vu ? saute du pont. Il disparaît derrière la pile nord et apparaît de nouveau sur la rive opposée, pour repartir aussi vite qu’il est venu. Je reçois aussitôt un contact radio de Frog. Je le rejoins après avoir laissé passer une dizaine de minutes. Cette activité soudaine m’a fait oublier ma migraine. Nous décidons de laisser passer encore un quart d’heure avant d’aller jeter un œil. Frog affirme avoir vu l’inconnu déposer un paquet dans une pile du pont. Et en effet, jouant notre légende de randonneurs, mon appareil photo à l’épaule, nous descendons tranquillement sur la rive sud. Nous ne tardons pas à repérer un sac étanche coincé dans une anfractuosité de la maçonnerie. À l’intérieur, se trouve un téléphone portable et un papier de format A4. La zone et le sac sont photographié immédiatement. Le texte est écrit dans une langue du Moyen-Orient, mais par chance Frog connaît cette langue de manière courante. Sous une photo est écrit une menace explicite d'attaque à l'IED, les coordonnées où l’engin sera disposé, ainsi que le numéro de téléphone qui déclenchera la mise à feu. La personne visée passera en voiture entre 0600 et 0700 sur un pont le dimanche matin. Tous les éléments de la BLM sont pris en photo à leur tour, afin de faire passer un maximum d'information à Arthur. Nous remettons tout en place de manière identique, en nous aidant des photos et repartons par le chemin avant de regagner le PO n°1 par un détour, tandis que quelques coup de feu claquent à plusieurs centaines de mètres, au Nord de notre position.

 

16h30 : nous apercevons un individu d’une cinquantaine d’années longer lentement la rive sud et rejoindre Calédonie. Il a l’air tendu et semble chercher quelque chose. En tout cas, il inspecte les berges attentivement. Me trouvant, à ce moment-là, derrière l’écran végétal de camouflage, je peux le photographier, ce dont je ne me prive pas, pendant que Frog prend note. Il quitte la zone au bout d’une vingtaine de minutes. Un quart d’heure plus tard, la zone s’agite. Des mouvements multiples de véhicules, d’hommes et de chiens se font entendre au-dessus de notre position, en direction du Nord. Deux véhicules ne tardent pas à stationner à l’entrée de Calédonie. Des hommes se dispersent. Des éclats de voix se font entendre. Nous tentons d’analyser rapidement la situation qui semble devenir critique. Ces hommes cherchent quelque chose ou quelqu’un. Nous pouvons toujours nous montrer et jouer notre rôle de randonneurs. Mais rien ne nous assure qu’ils n’ont pas décelé, ou soupçonnent notre présence. Kadok aurait-il obtenu, par un biais ou un autre, des informations sur notre mission ? Frog, au-dessus de moi, à environ deux mètres, s’est redressé et m’informe, par gestes, que deux hommes viennent de longer notre position vers la zone vie et sont repartis. Je n’ai pas le temps de répondre. Un nouvel individu avance sur le chemin forestier. Il passe à moins de deux mètres de Frog qui, heureusement, avait rabattu sa capuche. Brun, aux yeux marrons, il porte un jean et un blouson rouge et bleu. J’ouvre grand les yeux pour prévenir Frog qui lui tourne le dos et je m’enfouis sous la bâche DPM du PO. Je laisse passer quelque instants, sans bouger, puis relève doucement mon camouflage de quelque centimètres : Frog n’a pas bougé d’un pouce et notre homme, bien que clairement en train de scruter les taillis, n’a pas décelé notre présence. Que faire à présent ? Il sera bientôt 18h30, horaire fixé pour la troisième vacation et la zone est quadrillée par un groupe d’hommes véhiculés, à la recherche de quelqu’un, peut-être nous… Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a que nous sur zone. Frog descend lentement vers moi. Il est d’avis de rejoindre la zone vie. Je préfèrerais ne pas bouger puisque notre poste semble sûr. Les types continuent à s’agiter tout autour de nous. Je me rallie à l’avis de Frog : si les chiens sont de la partie, nous sommes pris au piège. Nous rassemblons rapidement nos affaires et nous glissons, entre deux « patrouilles », vers la zone vie. Nous chargeons nos sacs. Frog m’aide : je suis trempé de sueur et ma migraine revient à la charge. J’ai envie de vomir. Ce n’est pourtant pas le moment. J’attrape une aspirine et l’envoi au fond de ma gorge pendant que nous redescendons vers le chemin forestier. Pendant ce temps, le groupe perçu comme hostile s’est évanoui et nous rejoignons Calédonie tranquillement. Quelques minutes plus tard, deux individus équipés de vêtements tactiques occidentaux descendent sur nous, depuis le Nord. Nous sommes sur nos gardes, mais pas longtemps. L’un deux tend son bras vers la droite, à l’horizontale. C’est le signal en cas de contact ami. Frog fait de même. Arthur est venu à notre rencontre.

 

Nous donnons un rapide compte-rendu de la situation depuis la dernière vacation et faisons part, notamment, de notre découverte du téléphone portable. Arthur nous apprend notamment que des dissensions se font jour au sein de l’organisation terroriste. Surtout, nos services de renseignements ont eu vent d’un assassinat planifié pour le lendemain. Le document trouvé sous le pont vient donc confirmer qu’une attaque à l’explosif sera effectuée contre le véhicule de la victime. Les coordonnées d’une cache d’armes aménagée par une de nos équipes nous sont données ainsi que les nouvelles instructions : y récupérer notre armement, rejoindre la zone prévue pour l’attentat, trouver et neutraliser l’engin explosif, sécuriser le passage du véhicule, abattre le ou les membres de Kadok dont la présence est probable. Je suis blanc comme un linge : Arthur me demande s’il faut procéder à une EVASAN. Il n’est pas question de compromettre l’opération. Je m’écarte donc vers le parapet de Calédonie et m’enfonce deux doigts dans la bouche : le haut-le-cœur ne renvoie rien mais je me sens mieux. Nous pouvons à présent laisser notre autorité en observation sur Calédonie où quelqu’un viendra, à coup sûr, récupérer la BLM. Notre progression vers la cache d’armes me permet de respirer. La nuit est tombée depuis un moment et nous avançons bien. Nous trouvons rapidement l’épave rouillée d’un véhicule sous laquelle un vieux sac de toile nous attend. Les deux PA et leurs deux chargeurs rejoignent nos poches intérieures de parka et nous reprenons notre chemin vers Tintagel, la zone où l’IED doit être disposé. Une nouvelle poussée de fièvre me fait serrer les dents et allonger le pas. Nous progressons vite, trop vite même. Je m’en rends compte au bruit infernal que nous sommes en train de faire. La tenue Delta me fait oublier toute prudence. Je ralentis pour retrouver une progression plus tactique. C’est ainsi que nous arrivons sur zone. Nous nous arrêtons en lisière de forêt et observons avant de nous engager. Tintagel est situé de l’autre côté de Styx. Pour l’atteindre, il nous faut traverser un pont dont l’accès est commandé visuellement par une maison manifestement habitée. Deux véhicules sont garés devant et de la lumière inonde l’intérieur de l’habitation à cette heure peu avancée de la nuit. Nous décidons de traverser le pont tranquillement puis de nous arrêter derrière d’immenses stères de grumes disposées le long de la route et masquant nos recherches à la vue de la résidence. Après avoir enfoui nos sacs dans les fourrés, nous nous mettons à la recherche du ou des explosifs. J’inspecte méticuleusement entre les grumes, persuadé d’y trouver l’IED qui peut être disposé à hauteur de conducteur, tout en s’appuyant à un élément solide permettant d’orienter le souffle de l’explosion vers la route… en vain. Pendant ce temps, Frog inspecte longuement et précautionneusement les bas côtés. Le tout est de dégager l’IED sans toutefois le faire exploser. Au bout de deux heures de recherche environ, Frog finit par le trouver, grâce à une erreur commise par Kadok. En effet, celui-ci n’a pas pris la peine de replacer correctement les feuilles de fougères destinées à dissimuler l’engin explosif. La face blanchâtre du dessous des feuilles faisant un contraste saisissant avec le reste, même en pleine nuit. Un sac en toile verte se trouve dessous. Après un dégagement méticuleux nous retirons une charge de deux pains d'une demi livre de TNT. Un téléphone portable est relié au détonateur et à la charge primaire glissée entre les deux blocs. D'un tour de Leatherman, Frog retire le câble entre le téléphone et le détonateur. Tout est remis en place, y compris les fougères mal disposées. La détonation n'aura donc pas lieu et nous espérons cueillir notre poseur lorsqu'il se rendra sur place pour voir ce qui cloche après la mise à feu infructueuse. Mais nous ignorons quand il viendra ni même s’il viendra seulement s’en assurer. Peut-être restera-t-il a distance, bien à l'abri ? Peut être restera-t-il à bord d'un véhicule, hors de notre portée ? Nous choisissons nos postes d’observation pour le lendemain matin, 5h30, de chaque côté de la route. Frog se placera sur des rondins ayant glissé dans le bas-côté, à proximité de l’IED, quand je me posterai légèrement en hauteur dans les sous-bois, couvrant la route et une zone possible de stationnement. Il est 22h00 et nous installons notre zone vie dans une forêt au Nord de Tintagel, en position élevée. Il commence à pleuvoir. Une fois installés dans nos sacs de couchages, la pluie s’intensifie. Avant de nous coucher, nous grignotons un peu, histoire de nous remplir le ventre. Notre équipe réduite à deux personnes ne nous a guère permis de mettre en place un roulement et nous n’avons quasiment rien avalé depuis la matinée. Ce « repas » vite expédié, nous tentons de nous endormir sous une pluie désormais battante. Je suis bien calé sur un replat du terrain, mais Frog est moins chanceux. Nos équipements synthétiques n’autorisant aucune installation sur une pente, même faible, Frog se retrouve bien vite un mètre plus bas, tassé contre mon sac à dos. Le tissus de son sur-sac glisse sur le tapis de sol. Il tente de se caler un peu plus haut, mais là, le sommeil devient un véritable sport de glisse. Nous rions jaune… Les paquets d’eau qui tombent sur notre bâche risquent de nous faire passer une sale nuit. Un vent d’Ouest s’est levé et la pluie vient mordre assez loin sous notre installation pour que je ressente le besoin de resserrer la capuche de mon Bivvi Bag. Je vais passer tout le reste de la nuit avec le visage généreusement balayé par les éléments et pourtant, je dors comme un bienheureux. Frog, de son côté, est allé voir ailleurs si j’y étais et a fini, lui aussi, par trouver le sommeil. Il est maintenant 5h00 et il nous faut nous préparer. Il pleut toujours mais assez faiblement. Je passe une cagoule noire, arme mon PA que je place dans la poche arrière de mon pantalon et conserve ma lampe à la main, en prenant soin qu’elle ne s’allume pas de manière intempestive. Nous sommes largement en avance. Nous prenons donc le temps de récapituler les divers éléments et de répertorier les différents scénarios possibles. Car, bien entendu, il n’est pas question de contact radio pendant la manip. Nous nous mettons tranquillement en place. Je m’agenouille entre des buissons et choisis de relever ma capuche afin de casser ma silhouette, difficilement décelable de toute façon. J’ai un bon visuel sur la route. Ma position à genoux devrait me permettre de réagir vite. L’attente est longue. Je sais qu’il va y avoir de l’action et qu’elle ira très vite. Il est 6h00. Un véhicule apparaît à l’entrée de la longue ligne droite où l’engin mortel devait faire son œuvre. Il s’arrête et fait une courte marche arrière pour stationner dans le virage, parfaitement dans l’axe de la voie, à environ cent cinquante mètres de notre position. Les feux restent allumés quelques instants puis plusieurs appels de phares sont émis, après quoi ils s’éteignent. C’est probablement une estafette blanche. À cette distance on distingue mal l’intérieur de la cabine. Rien ne bouge. Nous n’avions pas prévu ce cas de figure. Je sors mon PA, ma lampe dans l’autre main. A 6h30, le véhicule, dont le signalement nous a été donné, passe devant nous à vive allure, longe le tas de grumes et tourne pour s’engager sur le pont, sans encombre. À mon grand soulagement, il n’y avait pas d’autre IED. Il fait encore nuit noire. L’objectif principal de la mission est rempli. Nous attendons désormais que Kadok se manifeste. Au bout de quelques instants, une portière s’ouvre. Quelqu’un a du descendre du véhicule, mais on ne voit rien. Une personne seule avance sur la voie. Je décide de m’avancer dans le sous-bois, dans sa direction. Je viens en effet de réaliser que Frog et moi risquons de nous tirer dessus. Deuxièmement, si nous manquons notre cible et que Kadok tente de s’échapper, je veux pouvoir lui couper la route. J’avance donc, moitié à plat ventre, moitié à quatre pattes, très lentement, mais le sol est jonché de brindilles encore cassantes malgré la pluie diluvienne de la nuit. Je fais trop de bruit. Ma capuche démultiplie l’effet sonore. Je la fais glisser en arrière. Je stoppe. L’homme, que je distingue à peine, vient juste de dépasser ma position. Une lumière blanche, deux coups de feu rapprochés et un homme s’effondre. J’allume ma torche et bondis sur la route. Un individu en veste camouflée, coiffé d’un pakol s’est affalé en travers de la route. Braquant mon arme dans sa direction, je m’approche. Frog me fait signe qu’il a son compte. Pendant qu’il procède à une fouille en règle, je cours sécuriser le véhicule, en prenant soin de progresser par zigzags. Il n’y a personne à l’intérieur. Je m’empare des clefs et ferme l’estafette. De retour aux côtés de Frog, nous dégageons rapidement le corps sur le bas-côté. Le terroriste a été touché à l’aisselle et à la poitrine. Frog restera avec lui pendant que j’irai chercher nos sacs. De retour sur la zone d’extraction, le transport envoyé par notre autorité est là. Le corps de Kadok a déjà été chargé. À peine avons-nous sauté à l’intérieur avec nos sacs que nous sommes déjà sur le chemin du retour.

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Published by DRESS - dans MILSIM
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commentaires

Dress 27/06/2011 16:47



Mais non...



Romain 24/06/2011 09:30



Bandits de grand chemin...



frog 22/06/2011 22:24



c'est vrais qu'on fait un peu contractor-garde forestier....


 



Raptor 22/06/2011 00:53



La qualité de l'illustration n'a ici d'égale que celle de la narration...j'ai déja hate.



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